Inventaire
Fernand
OURY
1989
(pour le livre de l'école)
La coutume voudrait que, de ce témoignage, vous tiriez des conclusions,
vous disiez ce quil faut faire et comment. Vous vous êtes épargné
ce ridicule
Faire la
leçon à dautres supposerait que vous déteniez un
savoir et en particulier que vous ayez répondu à cette question
toute simple : Quest-ce qui agit? Quest-ce qui fait quen
certains lieux, les enfants (et les adultes) retrouvent le désir dêtre
là et de grandir?
Certes vous répondriez : Cest le milieu qui éduque.
Ou bien : Cest lensemble des activités et des
institutions; cest le fait que les enfants participent à lélaboration
permanente des règles qui font la loi. Vous invoqueriez la médiation,
lorganisation coopérative, quelques balises psychanalytiques, bref,
la pédagogie institutionnelle. Serions-nous plus avancés?
Tout agit à la fois et continuellement, admettons-le. Mais ce nest
pas obligatoirement le même objet qui devient cause du désir pour
tous les enfants. Chacun trouve chaussure à son pied. Cest le cross
qui fait démarrer Thomas, cest limprimerie qui accroche Manu,
cest à la suite dune mise au point très nette avec
ses parents quHélène a retrouvé le sourire. Cest
par la vie de groupe que Mathilde a surmonté ses inhibitions, aidée
en cela par sa marraine, Élise; que Didier a cessé dêtre
un petit garçon qui faisait des bêtises.
Nous pourrions parler dun milieu riche doccasions de jeu et dactivité.
Nous pourrions aussi parler de milieu riche doccasions de transferts,
de projections, didentifications, etc.
Un jour, peut-être, la psychanalyse entrera dans lécole en
tant quélément dune théorie. Tout au plus pouvez-vous
signaler quelques institutions qui vous ont paru aider des enfants à
vivre.
En guise de conclusion donc, un inventaire : objets, activités, organisations,
institutions, qui, daprès vous, se sont révélés
outils déducation. Voilà qui risque dêtre long
et ennuyeux. Il nous suffira de pointer parmi ces outils ceux
qui nous paraissent, sous leur forme actuelle, spécifiques de lécole
de la Neuville.
Laccueil et la coupure
Venir à la Neuville, cest quitter régulièrement papa-maman
(ou ce qui en tient lieu), cest renoncer à un présent connu
et accepter un futur inconnu. En réalité, le système actuel
permet de décider librement, en connaissance de cause : lengagement
ne vient quaprès une période dessai.
Une coupure nette avec le passé devient possible car le nouvel arrivé
est entouré ; on lui parle, on lécoute.
Nul ne loblige mais nul ne lui interdit de faire comme les autres et de
venir au monde .
Tiens-toi tranquille!
La Neuville reçoit surtout des enfants dappartement. Tiens-toi
tranquille! Lenfant entend : Naie plus de pieds, naie
plus de mains. (F. Dolto) Et lon sétonne des troubles
psychomoteurs !
Parfois les travaux ménagers, la liberté de circulation et de
mouvement peuvent suffire : les troubles de Frédéric ont disparu.
Et puis à la Neuville, on peut taper dans le ballon tant quon veut
et ici le vrai foot nest pas interdit, bien au contraire. Or avec ce vrai
foot apparaît une règle du jeu qui nest ni contestée
ni transgressée : on ne fait pas nimporte quoi. Voilà qui
peut-être favorise lacceptation des règles de vie commune,
le renoncement à limpossible, à la toute puissance imaginaire.
Le football comme castration symbolique et comme support de la loi? Et pourquoi
pas?
Rien ne peut advenir sans désir (Catherine Pochet)
Des adultes vivants, enthousiastes et disponibles. Dans tout groupement, les
tensions sont inévitables. Les conflits mal résolus bloquent la
machine, interdisent lactivité commune et le développement
affectif et intellectuel des participants. La réaction classique est
de faire le mort : chacun sidentifie à sa fonction et se crispe
sur son statut. Alors, les enfants vivent dans un monde de personnages : un
cuisinier, un prof de gym, une Madame la directrice, etc.
Où vont-ils trouver des hommes et des femmes vivants à qui ils
pourront momentanément sidentifier? Ici, à la Neuville,
par nécessité, les rôles sont complexes : tel adulte enseigne
le français, entraîne les coureurs, prend des photos et participe
aux transports des poubelles. On lentend à la réunion!
Il lui est difficile de senfermer dans un rôle. (Il nest pas
plus facile de senfermer dans plusieurs rôles.) Il peut garder figure
humaine. Les adultes aussi ont besoin doxygène.
Question dorganisation, dinstitutions adéquates qui permettent
à tous de respirer, mais aussi plaisir de travailler dans un contexte
institutionnel où les demandes sont entendues.
Et puis, pourquoi ne pas lavouer? Désir de faire ce quon
a envie de faire
Nous pourrions continuer ainsi