Préface au livre de l'école

Françoise DOLTO
1989

 



L’école de la Neuville…

Son mode d’approche de l’enfant commence par lui donner des responsabilités dans la maison, un rôle actif dans l’ambiance éducative et des initiatives dans la vie quotidienne, et surtout, dans le Conseil qui réunit les adultes et les enfants, voix au chapitre, les petits autant que les grands. Ils ne sont pas seulement consultés, écoutés dans leurs critiques et suggestions, mais ils prennent part aux décisions. C’est la dignité humaine retrouvée on plutôt découverte.

Rapidement, ces enfants assument les responsabilités auxquelles ils s’engagent volontairement, collaborant avec les adultes d’encadrement aux besognes nécessaires à la vie quotidienne : entretien, cuisine, service de table, relations avec les fournisseurs du village, entretien du jardin. L’effort motivé et persévérant leur devient connaturel.

L’ouverture sur le monde qui les entoure, l’attention à autrui, à commencer par le village, la commune, l’autonomie en famille (qu’ils retrouvent toutes les fins de semaine), l’esprit de collaboration avec les autres et la tolérance des difficultés de chacun, voilà l’effet sur tous de cette pédagogie vivante et du style démocratique, sans démagogie de la Neuville.

Bref, c’est une évolution maturante à laquelle ou assiste pour chaque enfant en quelques semaines. Parallèlement, c’est la prise en charge de soi-même dans l’acceptation d’un règlement de vie où chacun prend sa part à tour de rôle de la plupart des postes. Cette liberté de mouvement et la diversité successive des tâches développent chez l’enfant le respect des autres parce qu’il est respecté d’eux.

Il est certain que ce travail qui évolue doit être davantage connu et entraîner d’autres éducateurs vocationnés en leur montrant des réalisations qui, il y a quelques années, paraissaient relever de l’utopie.

Un livre de Michel Amram et Fabienne d’Ortoli aurait un gros impact sur ceux qui, en pédagogie, sont en sincère recherche et au service d’enfants qui dans un encadrement comme celui de la Neuville peuvent s’épanouir socialement.
Pour moi, psychanalyste, qui ai beaucoup travaillé avec les enfants précocement sur la touche, surtout les plus sensibles, je sais la part importante que joue le milieu extra-familial donc scolaire quand il aggrave les difficultés affectives et psychosociales d’un enfant perturbé; mais combien aussi un milieu scolaire, si l’enfant s’y sent respecté dans sa personne, indépendamment de “ l’élève ”, peut soutenir un enfant et, la joie de vivre avec les autres trouvée, le conduire hors de ses impuissances.