D'abord se mettre d'accord
Parfois,
au beau milieu d'une activité, l'un d'entre nous n'approuve pas ce qui
se passe et en interpelle un autre. Les deux protagonistes adultes argumentent
leur différend. Le plus souvent le troisième ne tarde pas à
rappliquer. Et ça y va! Ça parle haut et fort!
- Alors tu laisses un marteau, des clous, une scie
comme ça
à des gosses, sans aucune surveillance!
- Absolument! Comment veux-tu qu'ils apprennent!
- Avec toi
- Mais ils apprennent avec moi
seulement je n'ai pas que ça à
faire et ils faut bien qu'ils continuent ce qu'ils ont commencé!
Et ainsi de suite. Cette discussion opposait Fabienne et Pascal mais des dizaines
d'apartés similaires nous ont mis aux prises au gré des événements.
Le plus souvent, les enfants quittaient la pièce au bout d'un moment
et parfois même venaient fermer la porte pour que nous soyons bien tranquilles.
Les réunions entre adultes étaient fréquentes, toujours
informelles. En outre, chaque repas faisait office de réunion, et nous
prenions tous nos repas, ensemble. C'était l'espace temps pour faire
passer informations et observations. Faire le point, faire l'emploi du temps.
On prenait d'ailleurs, à tout instant, toutes sortes de décisions
pédagogiques. Le repas est d'autant plus un moment privilégié
qu'on mange bien. Pascal, excellent cuisinier, ne saute jamais un repas. Même
dans les périodes les plus difficiles financièrement, il s'est
toujours débrouillé pour qu'il y ait ce qu'il faut à table,
pour que la convivialité soit à l'honneur. Au début, les
adultes mangeaient avec les enfants. Mais pas à la même table.
Il apparut que ce que nous avions à nous dire était confidentiel.
Ce qu'ils avaient à se dire l'était aussi. On leur proposa donc
de prendre leurs repas dans la pièce à côté. Ils
en furent contents, nous aussi, à cause du volume sonore.
Passée la surprise des premiers accrochages entre nous, il fallut bien
trouver un moyen de mettre fin aux discussions. On admis donc, entre adultes,
qu'on ne prenait pas de décisions à deux contre un.
Quand on voulait faire quelque chose et que nous n'étions pas tous d'accord,
c'est l'adulte minoritaire qui avait gain de cause car on n'avait pas su le
convaincre. Cette règle est appelée le droit au fantasme, parce
que les difficultés surgissaient souvent à partir d'une situation
fortement génératrice d'angoisse : danger, interdiction, santé
Cependant, il n'y avait pas d'abus à craindre. Quand on reprenait le
débat, plus tard, dans le calme, c'est le plus souvent celui qui était
seul qui laissait tomber. Suffisait-il d'écouter l'autre pour qu'il devienne
raisonnable et n'empoisonne pas les autres avec ses névroses?