L'arrivée à la Neuville du Bosc

 

Quinze jours plus tard, nos affaires réunies dans une camionnette de location, nous voilà chez nous à la Neuville-du-Bosc, petit village de l'Eure qui semblait sortie d'une nouvelle de Maupassant mais pas de son siècle!

Nos lectures, notamment celle du livre de Neill, et un échange de correspondance avec Fernand Oury, nous avaient incités à tenter l'aventure. Ouvrir une école n'avait pas l'air simple et pourtant, concrètement, on voyait assez bien comment ça pouvait marcher. Un autre fait, essentiel, avait influé sur notre décision : si Fabienne et Pascal étaient séparés, l'éducation de François faisait partie de leurs préoccupations prioritaires. Il avait été jusque-là un enfant facile. Or, il avait demandé à aller à l'école du quartier, à Bourg-la-Reine, et cet essai ne s'était pas très bien passé. Au bout d'une semaine, il ne voulut plus y retourner. Comme sa présence à l'école n'était pas alors une nécessité, on décida d'attendre un an ou deux. François avait quatre ans quand nous nous sommes installés à la Neuville.

Renseignements pris, la législation des écoles ne s'avérait guère contraignante : il fallait se constituer en association et faire une déclaration à la mairie. Le responsable légal devait, en outre, avoir vingt-cinq ans, posséder le bac et être dégagé des obligations militaires. Nous étions d'accord pour que Fabienne soit la directrice en titre. Comme elle n'avait pas l'âge requis, on décida d'attendre un peu avant de légaliser. C'était d'autant plus facile que nous n'avions pas d'élèves du tout. Les quelques amis désireux de nous rejoindre avaient, entre-temps, renoncé et les parents qui s'étaient déclarés enthousiasmés par le projet attendaient que nous ayons d'autres enfants que les leurs avant de nous confier leur progéniture.