Le départ de Pascal

 

Pascal est assis sur les marches d'escalier devant la salle de réunion, toute l'école en un vague demi-cercle, en face. D'habitude c'est le contraire. Était-ce fait exprès? On ne sait plus.

On lui donne le cadeau d'adieu. C'est une montre en or. On a même fait graver une inscription au dos.
Pascal veut dire quelque chose, faire un discours… Il pense à la scène d'un film que nous aimons beaucoup, à un cinéaste dont nous avons mis quelque temps à comprendre le sens de l'humour dans nos années de cinémathèque. Il imite John Wayne dans la séquence où ses soldats lui offrent le même cadeau, dans La Charge héroïque de John Ford, juste avant sa retraite. Il en sait les dialogues par cœur et les dit :
- What time is it according to my new watch, my brand new golden watch? (Quelle heure est-il à ma montre, ma toute nouvelle montre en or?) Puis il en lit l'inscription à haute voix.
Quelques enfants pleurent, Fabienne aussi, tout en riant parce que c'est drôle. Pascal a toujours su bien improviser durant les fêtes.
Le lendemain, c'est la fin de l'année scolaire et donc le dernier jour de Natacha comme élève. Elle est arrivée à l'école à quatre ans et demi. Elle a parcouru tout le chemin qui peut se faire ici.

Il y a beaucoup d'émotion dans la pièce tandis que se termine cette réunion. La pièce se vide. Natacha, restée encore un moment sur sa chaise, sanglote doucement. Julie, sa copine, qui termine aussi son séjour à la Neuville, est venue s'asseoir à côté d'elle.
En allant à la gare, les filles, surtout les plus jeunes, pleurent, comme cela arrive dans ces circonstances, sans bien savoir exactement pourquoi. La petite gare de Longueville est baignée d'une lumière de fin de journée d'été, pareille à celle de certains tableaux impressionnistes. Giverny n'est pas loin.

Le train entre en gare. Même si l'on sait que ce n'est qu'un au revoir, personne n'a très envie de rester sur le quai à regarder les autres partir. Nous sommes tous montés.

Cela se passait le 13 juillet 1984. À Paris, nous nous sommes baladés dans les rues avec les anciens… Quelque chose de l'école des débuts s'est arrêté là…