Après la première rencontre avec Françoise Dolto

 

Nous sommes sortis de cette rencontre euphoriques même s'il nous fallut des années pour comprendre ce qu'il s'était passé ce jour-là.

L'accueil, le discours de Françoise Dolto à notre endroit étaient pleins d'encouragement. Oui, le projet était possible, viable. Nous pouvions tout à fait le mener à bien et nous étions même tout à fait placés pour le réussir, à la fois parce que nous en avions le désir et les capacités et parce que notre utopie répondait à un besoin, à une nécessité.

Nous n'envisagions pas d'exercer le métier d'instituteur ou même d'éducateur. Quelques jours auparavant, cela était nettement ressorti de notre rencontre avec Fernand Oury. Il avait admis cet état d'esprit sans pour autant manifester ses habituelles craintes pour les spéculations pédagogiques.

N'étant pas de la profession, Françoise Dolto n'avait pas les mêmes critères : une tentative pour essayer de faire autrement lui paraissait porteuse d'espérance, de changement vers une évolution positive des états d'esprit.

Elle nous offrit la possibilité de projeter sur cette rencontre notre désir d'entreprendre. Nous n'avions jamais été reçus ainsi, considérés comme des interlocuteurs valables. Elle nous identifia à ce que nous avions affirmé vouloir être, en nous situant dans un monde où les choses étaient possibles et, pour certaines, même, souhaitables; monde dans lequel elle-même occupait une place signifiante. Le tout ne pouvant être rendu crédible à des jeunes gens si sceptiques que par l'usage d'une désarmante confiance en son prochain et une absence de complaisance dont le moindre de ses propos était marqué. Cette première rencontre avec Françoise Dolto fit que l'école de la Neuville, jusqu'alors esquisse et plate-forme, devint chantier. Cette entrevue d'une heure fonda non seulement la relation entre Françoise Dolto et la Neuville mais aussi la Neuville elle-même.