Refuser les étiquettes

 

La présence dans le groupe d'enfants dont les problèmes sont si évidents qu'ils ne peuvent les dissimuler, comme le font la plupart de leurs camarades, permet que l'on en parle, qu'on les relativise, que l'inquiétude liée à ces problèmes disparaisse ou se réduise.

En dehors de l'exemple d'ouverture et de tolérance que l'on donne aux enfants en n'excluant personne a priori, cela autorise tout enfant qui sent en lui des phénomènes qu'il tend à cacher à ne plus se murer, à se montrer tel qu'il est, soit parce qu'il aura été instruit par cet exemple, soit parce qu'il ne se méfiera plus de la façon dont on traite les faiblesses dans ce lieu et laissera tomber le masque.

Partout où l'on monte la barre de la normalité, l'enfant se sentira handicapé par ses défauts et les cachera comme honteux.
Les enfants n'attachent pas une importance excessive aux comportements bizarres. Ils n'émettent pas de jugement et aident ainsi ceux qui en souffrent, simplement parce qu'ils ne sont pas au contact de personnes qui, comme les parents de ces enfants, vivent très mal, c'est-à-dire avec une grande angoisse, ces attitudes inhabituelles.

Les établissements acceptant de mêler de tels enfants aux autres sont plus que rares. Pratiquement, tous les parents considérant leurs enfants comme normaux excluent un possible usage personnel de ces établissements. Et ce, avec des arguments aussi spécieux que contradictoires, mais non sans avoir salué leur utilité.

Même ceux qui savent leur enfant plus abîmé sont réticents. Mais comme il n'y a rien entre l'école traditionnelle et l'éducation spécialisée, ceux-là n'ont pas le choix.

L'Administration approuve les choix clairs, ça simplifie l'étiquetage des enfants, les qualifications des éducateurs, le classement des établissements.

Et chacun ferme les yeux ou cautionne cette mascarade. Jusqu'au jour où il se trouve pris, personnellement, dans cet engrenage.