Ne pas rester seul...
En souhaitant
poursuivre et amplifier la recherche, expliquer certaines carences, le pourquoi
des institutions, en osant toucher aux limites que nous avions acceptées,
pour les reculer, nous prenions le risque de toujours avancer. Agir ainsi n'était
pas un signe d'audace. Nous échappions simplement à un autre risque
: celui de se scléroser et de disparaître à court ou à
moyen terme.
On demanda à Fernand Oury
de venir régulièrement à Tachy, comme il l'avait fait quelques
fois à la Neuville. Ces visites avaient pour but, cette fois-ci, d'intervenir
directement dans les classes pour former les instituteurs aux techniques scolaires
de base. Il était réticent pour ce travail car il souhaitait que
nos enseignants aillent dans les stages de formation qu'il animait, avec d'autres
praticiens, tous les ans, en juillet. Mais à cette date, nous étions
encore ouverts et ce n'était pas possible. Il accepta donc cette tâche.
- Pour ce qui est de la vie du groupe, des réunions, c'est au point,
je n'ai plus rien à vous dire. Mais pour l'apprentissage scolaire, vous
avez encore beaucoup à apprendre. "
Il intervint
donc, d'abord dans la classe d'Yves, puis dans celle de Jean-Paul et celle de
Catherine. Toutes les classes étaient déjà coopératives,
pratiquaient les réunions, les ceintures, l'imprimerie. Le reste des
techniques issues de la Pédagogie institutionnelle étaient plus
ou moins au point. C'est sur la mise en place de ces techniques essentielles,
que l'on ne détaillera pas ici, que porta surtout le travail de Fernand
avec les enseignants de la Neuville durant cette période. Un peu plus
tard, Catherine Pochet, institutrice et auteur d'ouvrages pédagogiques,
y participa également.
Nous avions décidé aussi d'introduire dans notre travail de groupe
un intervenant qui participerait à certaines réunions d'adultes.
Par ailleurs, une forme de contrôle assez particulière s'était
instaurée avec Françoise Dolto, de façon régulière.
Ces démarches n'étaient pas dues au hasard; elles avaient encore
pour but de raconter mais avec le souci, de plus en plus évident, que
ce qui était dit dans ces temps de parole soit réfléchi,
pourrait-on dire, pour nous être renvoyé.
Jacques
Pain, maître de conférences à Paris-X, avait entendu
parler de notre travail et était venu nous voir à Tachy. Il nous
avait également invités à faire des interventions lors
de ses cours à la fac. Nous souhaitions tous discuter de pédagogie
avec lui parce que nous l'avions souvent fait de façon informelle, autour
d'un bon repas. Évoquer les grands courants pédagogiques du XXe
siècle, leurs caractéristiques et notre position par rapport à
certains d'entre eux, s'était avéré passionnant.
Prolongeant ce qui se faisait déjà entre nous, ces réunions
servirent aussi à analyser nos institutions. On aborda notamment certaines
questions concernant le fonctionnement de l'équipe, travail que Jacques
avait déjà effectué avec différents groupes d'enseignants.
Le but de notre intervenant était le suivant : amener les membres du
groupe à définir le projet commun, à évoquer le
rôle de chacun dans l'équipe. On touchait là, avec précision,
à un sujet fort délicat, et il n'y eut pas beaucoup de séances
de ce genre. Bien que chacun l'ait trouvé intéressant, ce travail
ne fut pas poursuivi l'année suivante.
La mise en lumière de la prise de parole de chaque adulte " en tant
que
" avait-elle mis en danger l'ombre propice à la rêverie
de chacun? Ou est-ce la forme de ces interventions qui ne correspondait pas
à ce que l'équipe cherchait?
Quoi qu'il en soit, les idées soulevées lors de ces réunions
ont continué à faire leur chemin dans les têtes. Nous en
discutions avec Jacques à l'occasion, comme nous le faisions auparavant
quand il venait nous rendre visite.