Une
intervention des neuvillois dans le cours de Jacques Pain
Parlez-vous volontiers de votre école à l'extérieur
?
Avez-vous
des difficultés à en faire comprendre
le fonctionnement et l'ambiance ?
JACQUELINE
- Ça dépend. Je n'en parle pas à tout le monde et à
n'importe qui. Quand je vois que les gens sont intéressés et qu'ils
veulent savoir ce que je fais dans la vie, je leur dis volontiers, il n'y a
pas de problèmes. Quand je vois des gens qui sont de mauvaise foi. Je
ne leur donne pas de détail, je leur dis que je suis en 5ème,
point.
FATEN - Moi je parle volontiers de mon école. C'est vrai pas à
n'importe qui. C'est difficile de parler de l'ambiance ici, parce que les gens,
quand on dit " internat ", ils ne pensent pas du tout à une
école comme celle-là. Je crois que c'est impossible à imaginer
si on ne la connaît pas. Je n'ai pas trop de mal à en faire comprendre
le fonctionnement. J'explique volontiers parce que je sais que j'ai beaucoup
de chance d'être dans cette école, et en même temps, j'ai
un peu envie de faire bisquer.
RAPHAËL - C'est un peu comme les autres. Les gens qui sont intéressés
et à qui j'ai le temps d'en parler, parce qu'il faut beaucoup de temps,
je leur en parle. Sinon, les gens qui s'en fichent, je ne me fatigue pas pour
eux.
HAMZA - Quand je parle de mon école, c'est souvent aux gens de ma famille,
c'est à dire des gens proches. J'ai déjà essayé
d'en parler à des copains, comme ça, mais c'est difficile. Oui,
c'est difficile d'expliquer le fonctionnement et l'ambiance. Et c'est long aussi
car il y a beaucoup de détails à donner.
RAPHAËL - C'est vrai ce n'est pas facile d'expliquer l'école, surtout
qu'on ne sait pas par où commencer. C'est difficile de choisir de quel
côté on aborde la question.
FATEN - C'est parce qu'en fait, tout se rejoint. Chaque explication conduit
à une autre. C'est comme un labyrinthe sans fin quoi.
IMANE - Moi j'explique volontiers parce que je suis très contente d'être
là, et je suis contente de dire qu'il y a des écoles intéressantes,
parce qu'avant de venir ici, je n'aimais pas trop aller à l'école.
MANUE - Je crois qu'on a tous, comme ici, du plaisir à en parler, à
raconter ce qui se fait à l'école, en même temps parfois
c'est difficile. Alors ça dépend de la personne qu'on a en face
de nous. Est-ce qu'elle veut vraiment entendre ou pas ? Parfois des gens me
posent des questions, mais je sens bien qu'ils n'ont pas vraiment envie d'entendre
ce qu'on leur répond, donc je saute. Comme toi, tu dis que tu es en 5ème,
moi je dis que je suis enseignante ou éducatrice. Parfois j'explique.
C'est vrai que c'est difficile parce qu'on n'est pas dans la norme, les gens
ont l'air de dire:
- Ah oui, c'est formidable, votre petit truc, ça fonctionne.
Mais bon ça leur paraît comme un jeu. Ils ne comprennent pas ou
ne veulent pas comprendre ce que ça veut dire vraiment. Ils ne veulent
pas comprendre ce que ça implique pour l'éducation des enfants,
en général.
Alors, le plus simple, c'est quand même de d'inviter les gens à
venir voir. Quand ils voient fonctionner l'école, les choses passent
mieux et leur animosité tombe.
Qu'est-ce qui est difficile à faire comprendre ?
FATEN -
Déjà, les relations entre professeurs et élèves,
c'est pas du tout les mêmes qu'ailleurs. Et puis on ne fait pas que les
maths avec notre professeur de maths, les sciences avec notre professeur de
sciences. En plus, on n'a cours que le matin, alors qu'ailleurs, c'est toute
la journée. Les ateliers qu'on fait, on ne peut pas les faire en colonie
de vacances. Mais c'est tellement agréable que les gens ne peuvent pas
penser qu'on peut être dans une situation aussi agréable hors des
vacances.
SATURNIN - C'est vrai que très souvent, quand on dit qu'on est content,
les gens doutent comme si avoir du plaisir à l'école ce n'était
pas normal, c'était comme si quelque chose n'allait pas. C'est plus difficile
de parler de l'école pour les jeunes qui n'ont pas encore eu le temps
de comprendre le travail qu'ils faisaient ici ou que l'école faisait.
Parce que ça s'apprend, de parler de l'école, parce qu'il faut
être armé, il faut savoir ce qu'on répond quand on vous
demande "Alors, c'est quoi tes notes?", "T'as vu la guerre de
14-18 en histoire, parce que normalement, au deuxième trimestre, on a
vu la guerre de 14-18". Les ceintures foncées sont plus à
l'aise pour en parler.
Maintenant, quand on reçoit des visiteurs, la plupart des enfants de
l'école, qu'ils soient ceintures foncées ou ceintures claires,
nouveaux ou anciens, sont capables d'expliquer le fonctionnement et de répondre
aux questions de n'importe quel visiteur parce qu'ils parlent de ce qu'ils vivent.