Préface du livre sur l'école
par Fernand Oury

 

Qu'est-ce qu'un milieu éducatif? Qu'est-ce qui fait que là, on vit plus et mieux qu'ailleurs? Qu'est-ce qui fait progresser enfants et adultes? Et comment faire?

Depuis un quart de siècle, nous essayons, à partir de la description et de l'analyse de classes " insolites " souvent isolées dans des écoles casernes, de répondre à ces questions. Autrement que par des discours. " C'est à d'autres travailleurs, à ceux qui font ou tentent de faire que nous offrons ce travail… nous en sommes à la préhistoire… Cro-Magnon de la pédagogie, inlassablement, nous taillons nos silex, des outils qui pourront servir à d'autres. "

Brûlant tout, certains " révolutionnaires " ou se croyant tels, se sont improvisés pédagogues. Ils ont cru nécessaire et possible de tout réinventer, de repartir de zéro. D'où certaines écoles nouvelles ou parallèles qui ne valent pas beaucoup plus.

Dommage, car l'enthousiasme y était et à présent on peut faire l'économie de certains pataugeages; des techniques bien rodées permettent d'acquérir le primaire, c'est-à-dire le primordial : parler, lire, écrire, compter.

D'autres techniques font de la classe, de l'école, un milieu de vie institutionnalisé où la loi naît de la parole des enfants, où la parole naît de la loi. D'une loi autre, bien sûr, d'une loi qui autorise le désir. Naît ainsi un milieu autre où l'organisation devient la condition de la liberté, la liberté condition de l'organisation. On ne comprend plus? Tant pis. Peut-être est-ce intraduisible en français.

Savoir qu'à présent autre chose est possible, qu'on ne peut plus se permettre ou se contenter de rêver la pédagogie.

Or voici que d'autres, marginaux comme on dit, utilisent nos silex (et bien d'autres choses) et réalisent, prudemment et hardiment, une école autre, vivante, vivable, viable, où les enfants ne sont ni écrasés ni abandonnés. Sommes-nous débarrassés du modèle scolaire du XIXe siècle, celui qui n'en finit plus de faire ses preuves? Et de ces caricatures d'écoles nouvelles dont la nocivité ne va pas tarder à apparaître en France? Il est permis d'espérer.

Agréable impression de n'avoir pas travaillé pour rien.

Me reste à remercier l'équipe de la Neuville.