Fernand Oury en visite à la Neuville
Pour les journaux, en classe, pour les Cahiers, en ateliers, en temps libres, les enfants avaient maintenant l'habitude d'écrire en toutes circonstances. La page qui suit est extraite de l'agenda d'Anne-Sophie (14 ans), à la date du Mercredi 16 mai 1982:
- C'est
qui ce Monsieur Oury qui vient?"
- Bonne question, qui c'est exactement?"
- Tu sais, les ceintures
"
- Oui".
- C'est lui qui a eu l'idée".
- Ah bon. Comment ça lui est venu?"
- ?
Heureusement, il arrivait le lendemain. J'aurais pu donner un peu plus de précisions,
mais bon! Mettez-vous à ma place. Oury, j'en savais pas beaucoup plus
que ça, je dois l'avouer :
Cet invité tant attendu est arrivé en pleine préparation
du petit déjeuner, l'heure où tout le monde se retrouve dans un
désordre ordonné. Mais un visiteur qui se met en plein les pieds
dedans! Je coupais le pain, un peu à part de la foule agglomérée
quand il est entré. Le silence. Je n'ai pas compris tout de suite. Il
y avait le bruit de ma lame sur le pain et le fouet dans le lait. Je me retourne
: tous les regards tournés vers lui et le sien qui nous regarde. Se trouver
devant un groupe d'enfants qui vous dévisagent, c'est un truc difficile
à réussir.
Il est passé
et les remarques ont commencé :
- Je le voyais plus vieux "
- Quel âge il a? "
- Comment il connaît l'école? "
Après les postes, tout le monde se retrouve dans la salle de réunion.
C'était une conférence-express avec Oury. On va savoir d'où
viennent les ceintures, qu'est-ce qui lui en a donné l'idée parce
que c'est principalement ça, l'idée qu'on a de lui : il a inventé
le système des ceintures.
Alors on l'écoute. Au début on attend comment il va être,
ce qu'il a à nous dire. On apprend comment il a débuté,
ce qu'est une classe de perfectionnement. Qu'il fait du judo, c'est de là
que viennent les ceintures. Il nous raconte Freinet, ses élèves.
Mais sa plus grande découverte, c'était bien avant. La plus grande
idée et constatation, c'est celle-là : c'est que nous tous, élèves,
on est des personnes différentes. On n'apprend pas à la même
cadence, au même rythme et puisqu'on est si différents, il ne faut
pas nous prendre, nous parler, nous enseigner, à tous, les choses de
la même manière. Voilà, il a pris les enfants différemment.
On l'a écouté parler une heure. On a posé des questions
et lui aussi nous en a posé. À un moment il a posé ses
lunettes et nous a montré deux prises de judo.
Mais c'est dur de raconter. J'aimais bien sa façon de nous parler. Au
début, il parlait plus doucement, très clairement. Il répétait
pour être sûr de se faire comprendre. C'était bien. Maintenant
j'espère que je pourrai mieux répondre à cette question
:
- Qui c'était monsieur Oury, celui qui est venu?"
- Tu sais, il était instituteur."
- Oui."
- Eh bien, dans son métier il a appris et il a appris aux autres que
tous les élèves étaient différents