Des noms pour les classes
Tous les proches de la Neuville ont été mis à contribution pour lire le manuscrit, l'annoter. Cet ensemble de critiques va nous permettre d'améliorer le projet de livre mais aussi de réfléchir à propos de l'école.
Ainsi, Fernand Oury, inscrit-il, entre autres remarques dans la marge, un point
d'exclamation, entre parenthèses en face d'une phrase à propos
de la classe primaire: la classe de Jean-Paul (!).
Il souligne, ainsi, qu'il y a là, selon lui, un abus de langage même
et surtout en termes neuvillois. Si l'on ne veut pas adopter la terminologie
de l'école ordinaire, pour quelles raisons donner à la classe
le prénom de l'adulte qui en est responsable ?
Nous n'avions jamais vu la chose sous cet angle ! C'est tout l'intérêt
de faire contrôler par des personnes compétentes tout ce qui tient
de la symbolique dans l'école et notamment les mots utilisés et
leur sens.
Combien de fois avions-nous constaté, de notre côté, que
des enfants en grandes difficultés nous arrivaient d'un centre dont le
nom laissait entendre que les enfants qui y étaient accueillis étaient
en difficulté ? Nous sommes pris, à notre tour, en flagrant délit
d'abus de sens et cherchons à y remédier mais sans trouver tout
de suite de solution.
La remarque est d'autant plus fondée que l'adulte nous quitte parfois
tandis que les enfants, eux, restent dans leur classe. Le nom ne devrait-il
pas demeurer, lui, comme une référence permanente représentant
à la fois la classe, passée et présente, et ce que l'on
apprend dans ses murs ?
La classe
primaire est située au centre de l'école, desservie par le grand
escalier. On y travaille à l'essentiel: lire, écrire, compter...
Comme l'escalier, cette classe mène à tout le reste. La notion
d'apprentissage étant liée à des progrès accomplis
pas à pas: la classe primaire sera La classe de l'Escalier par l'association
d'une constatation topographique et d'un sens symbolique.
Nous sommes
en plein cycle Hitchcock au ciné-club et l'on y étudie: Les 39
marches. Or, la classe où intevient Michel donne sur le jardin par un
escalier. On compte les marches, il y en a onze.
On
reprend l'image de l'escalier mais cette fois on nomme chacune des pierres qui
le constitue, c'est La classe des Onze Marches: les langues, l'expression écrite
et orale, les sciences, les mathématiques, l'histoire, la géographie,
la sociologie, l'éducation civique, les sciences humaines, les arts.
C'est un bien vaste programme... mais il ne s'agit pas de tout apprendre. L'essentiel
est de développer sa curiosité, de s'initier à tout ce
que s'étudie.
Quelques semaines supplémentaires sont nécessaires pour trouver
un nom à la classe située au coin du grand bâtiment, la
dernière du parcours scolaire neuvillois: La classe de l'Angle.
Est-ce parce que là on se trouve au carrefour des routes possibles ou
parce que le mot Angle évoque de nombreuses notions savantes qu'il convient
de maîtriser pour en sortir que l'on soit nul, plat, obtus, droit ou complémentaire
?