" Se taire, c'est se préparer à dire quelque
chose qui, du coup, aura plus de sens… " (F. Dolto)

 

LA NEUVILLE - On voudrait arriver à faire le silence avant les réunions, créer une ambiance, un peu comme le la du diapason annonce l'œuvre musicale ou la répétition…

F. DOLTO - C'est très important, le temps de silence… Quelqu'un qui ne dit rien a droit à son temps. Et s'il l'emploie à se taire, tout le monde doit écouter son silence.

LA NEUVILLE - On a fait quelque chose de ce genre : quand les enfants ont fini avant le temps de parole qui leur est imparti ou que personne ne souhaite parler, on n'utilise pas ce temps. On le laisse s'écouler pour marquer le silence ou permettre à quelqu'un de rajouter quelque chose…

F. DOLTO - On ne comprend pas assez l'importance des temps de silence. Les gens n'ont plus le temps de parler ou plutôt de se taire. Or c'est quand ils se taisent qu'ils font un gros travail de communication, de communication inhibée; qu'ils se réfléchissent communiquant alors qu'ils n'agissent pas. Je me demande si vous ne feriez pas bien de donner un temps pour cela. Qu'on l'emploie ou non, ce temps est à Untel.

LA NEUVILLE - On vous avait parlé de la difficulté à regrouper les gens au début de chaque activité. Maintenant, avec les minutes de silence qui précèdent presque toutes les réunions, c'est beaucoup plus facile. Et les enfants sont intéressés, même si on ne sait pas encore ce que ça va donner…

F. DOLTO - On touche là le rôle focalisant et densifiant du silence. Les silences ne se ressemblent pas. Se taire, c'est se préparer à dire quelque chose qui, du coup, aura plus de sens si cela est précédé d'un temps de silence. De même quand on écrit : on laisse un alinéa parce qu'on doit dire quelque chose d'important; on n'enchaîne pas aux lignes précédentes.
Il serait intéressant que vous mettiez la question du silence sur le tapis. Puisque vous avez déjà commencé, vous devriez continuer à donner des temps comme cela. Vous diriez ensuite aux enfants : " Vous allez réfléchir et le mois prochain, vous aurez à dire ce que l'expérience du silence a apporté… " Le silence, cela les intéressera en dehors de l'école, pour eux-mêmes, dans leur vie. Comme un acquis.
Vous les aurez enrichis d'une arme de pacification intérieure et d'ordre, d'un moyen de se réordonner dans les instants de tension.

Voir aussi le texte sur le sablier