Faire de l'école un milieu de vie

 

Pour nous, le travail éducatif consistait à mettre sur un même plan toutes les activités qui permettent à un enfant de se construire, d'être équilibré, autonome, délié, habile, costaud, attentif, réfléchi, inventif, cultivé… Nous n'avons jamais changé d'avis.
Faire participer les enfants à toutes les tâches de la vie quotidienne appartenait donc à notre idée de départ. Dans les faits, cette participation est apparue nécessaire. Impossible de se passer du concours des enfants lorsqu'on est trois pour diriger un internat et assurer, en plus, toutes les fonctions administratives, l'économat, les transports, l'entretien des locaux…


Autre découverte : recourir à la participation des enfants est non seulement le meilleur, mais en fait le seul moyen pour que ce lieu soit le leur et qu'ils y exercent un pouvoir réel. C'est le travail, le travail matériel, qui leur permet d'abord d'être partie prenante dans le projet : faire quelque chose, être utile. Donner son avis ne vient qu'ensuite, sans quoi cette consultation reste de pure forme.

Les ateliers de vie communautaire, les activités physiques et sportives, étaient prévus dans l'emploi du temps. Tous les après-midis leur étaient consacrés. Ainsi, chaque jour, différents groupes s'activaient autour d'un adulte : dans la cuisine, dans la maison, au stade. Mais que faire quand il n'y avait personne pour s'inscrire à l'atelier prévu, indispensable? Quand Pascal demandait : " Qui vient aider à la cuisine? " et que personne n'était volontaire, il y allait tout seul pour faire son travail. Parfois un curieux venait lui tenir compagnie et l'aidait.


Et encore la cuisine relevait-elle de l'ordre des nécessités. Mais quand Michel souhaitait entraîner les enfants pour un petit cross dans les bois parce qu'il en avait envie et que personne ne voulait l'accompagner? Voilà qui était encore plus compliqué. Plus grave : il était, lui adulte, privé de l'activité et obligé d'en proposer une autre. Un jour, les jambes le démangeant, il fait inscrire un cross au programme de l'après-midi. Il n'a pas demandé à l'avance : " Qui veut venir avec moi? " Car l'absence de toute réponse aurait risqué de faire annuler l'activité.


À l'heure dite, il rappelle sa proposition, et comme les réponses sont négatives, il se met en route tout seul. Au retour, quelques enfants le voient suant et content. Quelqu'un lui demande : " Mais tu fais ça parce que ça t'amuse? " et il explique pourquoi. Il y a ainsi des chances que les fois suivantes quelques-uns aient envie de le suivre. Dans le cas inverse, il n'y renoncera tout de même pas. Il continuera à essayer de pratiquer, avec les enfants si possible, l'une de ses activités préférées, même si ce n'est pas facile. Mieux vaut cent fois cela que de faire par nécessité pédagogique des choses dont on n'a pas vraiment envie en renonçant à l'une de celles qui nous plaisent le plus!


Pour le moment, en tous cas, les enfants étaient contents d'être là, à la campagne, contents de se regrouper ou de s'éparpiller dans le jardin, de faire tout et rien. Il n'est pas aisé de mettre en place des activités lorsque les enfants ont le droit de choisir ce qu'ils veulent faire. Difficile de faire partager ses désirs, de mettre en place une tradition éducative. Cela prend du temps. Cela permet aussi de réfléchir et de comprendre que jamais les adultes ne peuvent remplacer ce que les enfants s'apportent entre eux.

Il convient de laisser des espaces -temps et lieux- qui leur appartiennent en propre, comme le souligne une remarque de Frédéric :
- On est plus entre enfants qu'entre adultes.