Etre malade, jouer sur les maux
Le matin,
parfois, un enfant reste au lit et dit qu'il est malade. Un adulte doit en être
informé et venir voir pour faire, éventuellement, venir le docteur.
Mais même si l'enfant n'est pas malade, il peut rester au lit (en fait,
dans sa chambre).
On a droit à cette maladie diplomatique, à cette mise volontaire
en retrait des activités. La réunion a délibéré
sur ce sujet et a déterminé deux conditions : le malade doit garder
la chambre toute la journée. Il ne pourra revenir dans l'école
que le lendemain.
Cependant, on ne peut pas dire qu'on reste au lit mais qu'on n'est pas malade.
Si cela arrive on est sanctionné comme Serge qui, peu après son
arrivée, a trouvé ce moyen pour éviter d'aller en classe.
À la récréation, déjà, il s'ennuie tellement
qu'il dit à ses copains la vérité :
- Je ne suis pas malade
Il espérait que cet aveu changerait quelque chose à la situation.
Ses camarades lui répondent :
- On le savait déjà, ça se voyait
Prisonnier de sa maladie, il se met à crier à la fenêtre
de sa chambre tandis que les autres rentrent en classe :
- Je ne suis pas malade!
- Tant pis, c'est pas grave! répond Jean-Paul, son maître.
À midi, il n'y tient plus tandis que les autres partent faire le sport.
Rien n'y fait. Il y eut un mot dans le carnet. Serge dut payer la personne qui
lui avait amené son repas :
- Ce n'est pas un hôtel!
Ce cas de figure est rare. Ce qui arrive le plus souvent, c'est qu'un enfant
soit malade et continue ses activités normalement. Parfois, il faut lui
conseiller :
- Va te coucher, ça ira mieux demain
Il arrive même parfois qu'un enfant arrive malade à l'école,
le lundi, et aille directement se coucher. Cela lui permet d'être sur
place et de reprendre plus vite ses activités.
" On a droit à toutes les maladies, les vraies et les fausses! "
a dit Nicolas.
Les adultes, eux, ne sont presque jamais malades. Aucun Neuvillois n'a passé
plus de quatre ou cinq journées au lit durant toutes ces années.
Ce qui est parfois difficile, c'est la fatigue psychique, les journées
traversées avec un intérêt et des stimulations professionnelles
mais sans goût aux choses. En équipe, on souffre surtout de la
présence des autres. Certains jours d'hiver, en particulier, sont parfois
ce qu'on appelle familièrement une galère. Fatigue accumulée
et lassitude due au bruit et au froid. Dans l'école, ça ne marche
pas forcément mal, mais on tient par l'énergie : Étienne
fume encore plus, Jean-Paul ne dit plus rien, même pas de blagues, Yves
ne sert pas à table quand il amène notre plat, Catherine est encore
plus en retard et Michel parle plus fort que d'habitude. Seule Fabienne reste
à peu près égale à elle-même.
Est-ce parce qu'elle est la directrice en titre de l'école?