Des lois non écrites

 

À chaque fois qu'un enfant inscrit un râlage pour infraction au règlement, il rappelle plus ou moins clairement une règle qu'au besoin le président ou un adulte fait préciser. Ce rappel ne doit pas hacher le débat car garder l'attention de tous est essentiel.
Noter tout cela de façon précise pose des problèmes. S'il y a peu de lois, les règlements, eux, sont innombrables. Qui rédigera, comment et quand? Au lieu d'écrire, nous avons décidé de faire appel à la mémoire de chacun : les choses dont on ne se souvient plus sont caduques.

Les décisions quant à elles sont consignées sur le carnet et relues à la répartition puis au début de la réunion suivante. Ont-elles été mises en pratique? Sinon, pourquoi? Parce que c'est inapplicable? Parce qu'on a oublié? Que doit-on faire alors? Débat qui reste ouvert en permanence.

Des décisions sont parfois votées mais la plupart du temps, on procède par propositions. Quelqu'un dit :
- Je pense que celui qui a mis un mot dans le carnet ne devrait pas avoir le droit de le barrer.

On écoute les réactions :
- Et si on change d'avis?
- C'est bien qu'on puisse lire tous les mots qui ont été écrits…
- Les ratures dans le carnet, c'est vraiment pas formidable.
- On peut barrer proprement.
- On ne doit pas être obligé de râler si on n'en a plus envie.
- Quand on ne veut plus râler, on pourrait écrire " annulé " en dessous du mot.

Puis le président reprend l'idée qui s'est dégagée du débat : " On peut essayer ça… écrire annulé. Comme ça, on peut encore lire le mot mais en réunion, on n'en parle pas. "

Ces règles provisoires ne posent pas de problèmes aux enfants, ni leurs changements fréquents. Ils se souviennent très bien et jusqu'aux plus petits détails du comment, du pourquoi des changements. Cet apprentissage convient aussi aux adultes, cela nous permet de réfléchir, de prendre tout notre temps. Et quand les problèmes reviennent après un incident, nous pouvons reprendre alors les arguments déjà discutés. Le débat qui s'ensuit apporte parfois des solutions ou des éléments de solution.

- Qui est d'accord?

Des mains se lèvent, on évalue du regard si elles représentent une fraction importante des votants. On ne compte jamais les voix car pour nous, une décision communautaire ne peut se prendre qu'à une très large majorité, enfants et adultes confondus. Cette tradition a toujours été maintenue, tout le monde ayant le droit de vote.

On a constaté aussi que lors des votes, et quelle que soit la question posée, les plus jeunes s'empressent de lever le doigt : exprimaient-ils vraiment leur choix? C'était difficile à savoir. On décida alors de demander d'abord : " Qui s'abstient? " puis " Qui est contre? " et enfin : " Qui est pour? ". Les trois questions posées dans cet ordre permettent des réponses sans ambiguïté.