Le Grand Conseil
Se regarder dans un miroir

 

Le grand conseil se tient en janvier et février. Durant cette période, chaque jour, a lieu une séance d'évaluation pour un enfant. Ses camarades, puis les adultes, rassemblés dans la salle de réunion, lui font part de réflexions, de critiques, de leur estimation de ses progrès depuis la rentrée. Le grand conseil fixe des objectifs précis : généralement il demande de respecter certains engagements plus activement, d'éviter certains comportements en expliquant pourquoi ils sont gênants. Chaque enfant donne ainsi son opinion sur le comportement d'un autre, et non sur un autre, avec qui il est en relations quotidiennes et suivies. C'est un peu, un miroir que les enfants tendent ensemble et dans lequel leur camarade se voit tel qu'il se présente dans sa vie en société.

Tenir compte des avis ainsi énoncés est une tâche parfois difficile, voire impossible. Pourtant, de l'avis même des enfants, le grand conseil leur permet de comprendre qu'ils sont gênés par certaines de leurs propres attitudes. Grâce à l'action, la pression des autres, ils vont se trouver en mesure d'y remédier.

Les adultes, eux, ne sont pas là pour donner leur opinion. Ils reprennent et nuancent certains propos d'enfants, proposent des solutions, replacent les propos dans l'histoire de l'intéressé. Avec de la pratique, certains enfants parviennent aussi à adopter une démarche similaire, plus technique, moins individuelle.

Cette institution ne peut être envisagée en dehors d'une pratique institutionnelle très sûre. Il faut que fonctionne déjà une réunion d'école hebdomadaire par laquelle le groupe apprend à discipliner sa parole, à considérer l'interpellation comme une technique dans un ensemble où chacun est responsable de ses actes et de ses dires, devant l'autre et devant la collectivité.

Cela peut sembler difficile à imaginer car déjà la réunion hebdomadaire passe pour de l'utopie. Pourtant un tel organe de contrôle interne est une chose tout à fait réalisable.

Même les plus jeunes, six-huit ans, sont capables de parler un peu et d'écouter beaucoup. Les plus responsables peuvent y atteindre une finesse d'analyse que pourraient leur envier bien des pédagogues. Inutile d'insister sur la différence entre l'évaluation d'une pareille assemblée et les dérisoires délibérations des conseils de classe des lycées, dont nous nous sommes inspirés comme de l'exemple à ne pas suivre.