Le chantier football
Depuis les
conversations avec Françoise Dolto concernant l'introduction du sifflet
et la constitution des équipes de football , tout un mouvement a suivi.
Les adultes sont toujours présents sur le terrain de jeu. Ils n'y sont
pas pour faire gagner leur équipe mais pour en coordonner le jeu tout
en étant aussi des équipiers, ce qui n'est pas si simple. Le capitanat
est, lui, laissé aux enfants pour souligner que c'est bien à eux
que revient la tâche d'encourager les équipiers à faire
au mieux.
De cet affrontement physique, même en prenant des précautions,
il peut résulter une tension entre certains joueurs enfants, déjà
performants, et les adultes. Michel Plon n'est pas très favorable à
cette confrontation avec ce qu'elle comporte de danger que les enfants, dans
le feu de l'action, veuillent en découdre avec les adultes, comme s'il
s'agissait de camarades.
Malgré cette question de la juste place à trouver, les adultes
estiment positif leur apport à cette activité. Cela leur donne
les moyens de faire vivre le jeu, un peu comme dans la classe, à cette
différence près que la balle est difficile à maîtriser
pour tout le monde et qu'un enfant peut-être plus efficace qu'un adulte.
Cependant, s'il est évident que la cloche annonce la fin du cours et
renvoie au lendemain la poursuite des apprentissages, le coup de sifflet final,
lui, laissent certains meurtris par le résultat et le vocabulaire compétitif
qui l'accompagne comme un verdict injuste: on peut avoir perdu tout en ayant
bien participé.
Malgré nos discours d'après match, perdre est souvent difficile
et pour ceux qui déjà sont marqués par des échecs
répétés, difficilement supportable.
On trouve
le moyen de retravailler la question sans supprimer tous les enjeux, ce qui
ne servirait à rien, avec l'introduction de maillots lors d'une rencontre
avec une autre école.
A notre retour, on décide que la moitié des joueurs va porter
le maillot de l'école, rouge, et les autres, les sparring-partners ,
le noir. Chacun jouant dans les deux équipes, à tour de rôle.
Cela met en évidence que nous divisons nos forces en deux pour nous entraîner.
Les Rouges ont un contrat. Ils doivent jouer dans le style prôné
par l'école, jeu collectif construit et élégant. Leurs
entraîneurs y veillent, la manière doit primer sur le résultat.
Les Noirs peuvent jouer comme bon leur semble et mener la vie dure aux Rouges
pour les entraîner à l'adversité d'une future rencontre.
Si les Rouges ont parfois du mal à s'imposer, ils ont d'autres satisfactions
dont la moindre n'est pas d'être ceux qui jouent bien au ballon. Les fins
de rencontres sont relativisées par le fait que nous sommes au milieu
d'un cycle de rencontres et que les équipes vont s'affronter plusieurs
semaines de suite avant de changer.
A la fin de l'année ont lieu des rencontres amicales avec des adversaires
extérieurs à l'école. Ce sont alors des matchs, et non
plus des entraînements, mais les Neuvillois ont pris l'habitude de pratiquer
sous le maillot rouge et ne vont pas changer ces habitudes le jour où
ils représentent l'école. Gagnants ou pas, on se satisfera d'abord
de la qualité du jeu pratiqué.
Ainsi pratiqué
le football prépare à une culture du jeu, propose la préparation
d'objectifs à long terme, la recherche d'une identité collective.
Bientôt la création d'un journal viendra compléter cet ensemble.
Jeu au pied rend compte, chaque vendredi matin, de la rencontre du jeudi après-midi.
Compte-rendu de la partie, analyses, commentaires, entretiens, photos, occupent
les huit pages de chaque numéro. Les joueurs deviennent témoins
et prennent de la distance par rapport à leur activité favorite.
Enfin, devenus lecteurs, ils ont le plaisir de trouver, noir sur blanc, la valorisation
de l'ensemble de ce travail, avec cette parution qui gardera la mémoire,
semaine après semaine, année après année, de leurs
progrès.