Un détour nécessaire
Les règlements
concernant la mixité précisent qu'il faut, pour les internats,
un bâtiment pour les filles et un autre pour les garçons, séparés
de vingt mètres. En tant qu'établissement primaire -ce que nous
étions à l'époque- nous n'y sommes même pas tenus.
Nous disposons des deux bâtiments mais suivre ce règlement est,
à notre avis, une restriction inutile. Les enfants se groupent donc plutôt
par affinités, le principe étant d'équilibrer les bâtiments
entre filles et garçons, grands et petits
Il y a ceux qui préfèrent
le Château, vieux bâtiment rustique mais élégant aux
dimensions modestes, où vit Pascal. Les chambres y sont très dispersées.
Elles accueillent, chacune, seulement un ou deux enfants. D'autres se sentent
plus tranquilles à la Maison, où les chambres, pour trois ou quatre,
donnent toutes sur un couloir et un escalier central. Fabienne et Michel habitent
là.
Un jour, Natacha et Laurie viennent trouver Fabienne :
- Voilà, on voudrait te demander quelque chose mais on est sûres
que tu ne vas pas vouloir : on aimerait être toutes les filles ensemble
à la Maison.
- Je ne sais pas, répond Fabienne. Personnellement, je ne suis pas contre.
Ce serait intéressant que vous en parliez vendredi en réunion.
Le vendredi, il est décidé de faire un essai durant lequel les
filles dormiraient à la Maison, les garçons au Château.
Tout de suite, il apparaît que cette organisation est la bonne et que
la complicité qui se créait dans chaque bâtiment était
nécessaire et positive. La stimulation de la mixité s'exerçait
suffisamment dans la journée. Elle prenait fin le soir et là,
autre chose commençait.
Chez les filles, c'était des séances de maquillage et de déguisement
dans la grande salle de bains, des discussions interminables, une ambiance détendue
et familiale.
Les garçons se retrouvaient souvent, eux, dans la chambre d'un des grands
pour jouer à des jeux de société; les plus jeunes, auparavant
disséminés dans diverses chambres, sont tous installés
dans la même.
C'était donc bien ainsi et le fait que les enfants aient pu retrouver
par eux-mêmes la nécessité de cette façon de faire
était un bon signe.
Pour nous aussi c'était très instructif : changer l'ordre établi,
ce n'est pas forcément faire mieux. On apprenait.