Une
intervention des neuvillois dans le cours de Jacques Pain
Vous dîtes souvent "faire l'école". Quels sont
les rôles des enfants et des adultes dans ce "faire" ?
FATEN -
Je crois que c'est la communication entre les adultes et les enfants. Et c'est
ça, justement, quand on dit "faire l'école". On y est
tous, tout le monde fait l'école, enfin personne n'est supérieur,
ni inférieur. C'est pas parce qu'on est des enfants qu'on a moins notre
mot à dire sur les choses de l'école. On a tous le
droit de parler et de dire ce qu'on a envie de dire.
JACQUELINE - Je pense que l'école on la fait tout le temps et pas seulement
en Réunion. Par exemple, il y a un jeune qui jette un caillou. On lui
fait une remarque ou on lui met un mot. On fera peut-être un règlement,
ou en rappellera un autre, et il aura sûrement compris quelque chose.
Déjà lui, il aura fait des progrès. Et je pense que quand
un enfant fait des progrès, l'école en fait aussi.
IMANE - Je crois que l'école, c'est les adultes qui font la classe, les
enfants qui mettent un mot, les enfants en salle de Réunion,
les enfants qui jettent des cailloux. Je crois que c'est tout le monde qui fait
l'école et à chaque instant.
MANUE - Ce qui est sûr, c'est que l'un n'existerait pas sans l'autre,
c'est-à-dire vu le nombre d'adultes qu'on est, on ne pourrait pas fonctionner
si les enfants ne faisaient pas aussi l'école avec nous, et inversement,
le groupe d'enfants ne serait pas une école s'il n'y avait pas une équipe
d'adultes. Même si on n'intervient pas de la même façon,
qu'on a chacun nôtre rôle.
IMANE - Il n'y aurait pas d'école s'il n'y avait pas de ceintures
claires. Il n'y aurait pas d'école s'il n'y avait pas de ceintures foncées.
MANUE - Chacun, à son niveau, fait l'école de façon différente
et amène des choses différentes.
JACQUELINE - Comment vous voulez qu'une ceinture foncée soit marraine
s'il n'y a pas de filleules?
RAPHAËL - Les ceintures foncées, ça ne sert à rien
s'il n'y a pas de ceintures claires.
HAMZA - Il n'y a pas que ça. Les jeunes peuvent très bien nous
aider sur bien des points. Personnellement, il y a des jeunes qui m'ont aidé.
Au début, quand je suis arrivé, ils disaient que je criais trop
quand je faisais de la discipline. Ils se sont exprimés, il m'ont dit
des choses. Et j'ai appris. Et maintenant, s'il m'arrive encore de gueuler un
peu, c'est rare. J'ai fait des efforts et des progrès à partir
de leurs remarques.
JACQUELINE - Quand j'ai eu ma filleule,
j'ai fait beaucoup de progrès, parce que quand je lui disais de faire
quelque chose, et que moi je ne le faisais pas, elle me le faisait remarquer.
Ça m'a fait faire attention à ce que je faisais.
SATURNIN - J'ai l'impression que faire l'école, c'est que chacun y fasse
ce qu'il a à y faire. Ce que chacun a à faire ici, ça dépend
si c'est un enfant ou un adulte, et puis ça dépend de sa personne,
de ce qu'il sait faire, de ce qu'il aime faire, de ses responsabilités
et tout le mode peut en avoir. Le chercheur de plats, même s'il est jaune,
s'il ne ramène pas le plat à sa table, ça se voit, il a
une responsabilité pour de vrai, donc ça fait partie de faire
l'école, et puis
MANUE -
de ce qu'il peut faire là où il en est.
SATURNIN - Par rapport à la question qu'est-ce que c'est faire l'école
pour les enfants, et faire l'école pour les adultes, je crois que les
adultes sont là en dernier rempart, quoi qu'il arrive. Il faut quelqu'un
qui puisse rappeler la loi, quand
parfois aucun enfant ne le fait.
Dans les moments aussi, où un enfant va moins bien, n'a plus envie de
participer à tout cette construction, aurait envie de tout laisser tomber,
il est indispensable que les adultes soient là pour prendre l'école
en charge.
RAPHAËL - Je peux dire aussi que quand on est grand et qu'on est en contact
avec les jeunes, ça demande un travail personnel, sur soi-même
et ce travail-là est très intéressant. Un jeune qui nous
fait une remarque, je ne sais pas si ça nous fait progresser, mais le
travail qu'on va faire après, pour comprendre, c'est ça qui nous
change
SATURNIN - Et puis, faire l'école, c'est accepter que l'école,
telle qu'elle est aujourd'hui, doit aussi des choses à ceux qui l'ont
faite avant, même si c'est ceux qui sont là aujourd'hui qui la
font ce qu'elle est. Et ce qu'on fait aujourd'hui va aussi s'inscrire dans l'histoire
de ceux qui viendront après. Quand on part de cette école, on
peut pas s'en laver les mains et dire peu importe ce qui va arriver, personne
n'en a pas envie. Non, on sait que l'école de la Neuville va continuer.
En y travaillant aujourd'hui, on prépare déjà des choses
pour plus tard et ceux qui viendront après, comme nous-même avons
hérité du travail de ceux qui nous ont précédés.