Donner son avis ou exercer un pouvoir ?

 

A la Neuville, tout le monde a un avis, une opinion, sur le gâteau, le film, tel conflit ou telle sanction, et il la donne volontiers, en public, quand il en a l'occasion, et même dans les couloirs.

Mais ce n'est pas ça qui fait qu'ici on s'exprime. Ce qui compte, c'est la parole autorisée. Celui qui parle en tant que responsable du goûter, de l'équipe de football, du débarrassage, et cela vaut aussi bien pour les adultes, ne le fait que depuis les espaces où il intervient.

Parfois, on parle seulement en tant que soi-même, de sa place, pour informer les autres de la situation dans laquelle on se trouve, jeune mis en cause, parrain ne sachant quoi faire, adulte dans l'incapacité de faire son cours et la discipline en même temps.
Tous les présents écoutent et interviennent, ce qui n'est pas donner leur avis. L'ensemble de ces paroles constitue un exercice de pouvoir à plusieurs voix dans un lieu où le respect pour les arguments convaincants constituent la loi en train de se faire, quel que soit celui qui les exprime et sans aucune forme de hiérarchie.

L'institution neuvilloise repose sur ce va et vient de chaque lieu vers le centre, la Réunion, de l'instant où les paroles conflictuelles sont dites, à chaud, à celui où on les reprend, vendredi à froid. Et le retour vers les lieux d'activité de l'école où ces paroles vont aider à (re)construire, à partir de lundi.

Cela fait que, rien de ce qu'il se passe dans l'école ne peut échapper à la vigilance d'au moins quelques-uns d'entre nous, présents ou pas lors de l'incident, mais qui le feront rebondir par leurs prises de parole.