Que deviennent nos anciens élèves ?

 

Partout où nous intervenons et même chez nous, à la Journée Portes Ouvertes, dès que le public peut poser des questions, nous avons droit à l'incontournable:
- Mais que deviennent vos anciens élèves ?

Question à laquelle nous nous sommes toujours efforcés de répondre tant bien que mal. Intuitivement, dans les premiers temps puis avec un peu d'expérience en dissimulant notre irritation sous une argumentation cohérente mais que l'on sentait inutile et d'ailleurs peu convaincante...

Un jour pourtant, ce n'est pas à nous qu'elle a été posée, cette même question mais à Michel Plon, intervenant à Caen, lors d'un colloque organisé par Françoise Chébaux. La question, il ne pouvait y échapper dans la mesure où il avait évoqué la Neuville. Il y fit la réponse suivante:

" Cette question sur le devenir des enfants après l'Ecole de la Neuville, m'agace parce que subrepticement, elle réintroduit le bien fondé de l'école traditionnelle, c'est-à-dire qu'implicitement elle suggère: "D'accord, il y a l'entracte de l'école de la Neuville, de la pédagogie nouvelle, mais enfin, ils vont quand même rentrer dans le rang et retourner à l'Ecole, avec un grand E,. Cessons la plaisanterie !"

Il y a là une sorte d'interprétation de la pensée de Françoise Dolto, qui consiste imperceptiblement à l'édulcorer, mine de rien, à lui ôter très subtilement, toute sa portée subversive. Dolto n'en avait rien à faire de savoir si l'enfant allait se réadapter à la société ou à l'école traditionnelle. Ce qui comptait pour elle, si les mots ont un sens et si nous prenons au sérieux ce qu'il en est du désir de l'enfant. Ce sur quoi elle tablait, c'est qu'un enfant dont le désir est pris en compte va pouvoir sublimer un certain nombre de ses pulsions pour négocier convenablement avec cette "foutue" société, ce qui signifie pas qu'il va s'y adapter.

Tout l'enseignement freudien repose sur cette idée qu'il y a diverses manières de réprimer les pulsions, et que la sublimation des pulsions qui sont nécessairement refusées par la société, est une de ces manières qui n'équivaut pas à la pure et simple répression.

Donc derrière cette question: "Mais enfin, vous comprenez, est-ce que ensuite, ils arrivent à se réinsérer au lycée, etc ?", il y a selon moi, cette édulcoration . "

Peut-être était-il nécessaire de ne pas être de la Neuville pour se permettre de répondre ainsi, comme seule Françoise Dolto pouvait oser nous appeler des trouveurs ..